Chapelle Hierro, hameau de Villeplane, Guillaumes.
Cet édifice religieux du XVIIe siècle, divinement revisité par l’artiste niçois Jean-Antoine Hierro, suscite un pèlerinage touristique dans ce hameau de Guillaumes. Un vrai parcours initiatique.







Transfigurée la chapelle de Villeplane! En voilà une qui ne fait pas bigote. Un mix enchanteur entre le monde joyeux de Walt Disney et l’univers fantastique de certaines pièces du château de l’excentrique Louis II de Bavière, à Neuschwanstein. Hallucinante chapelle Hierro! Minuscule édicule religieux de 40m2. Ouvert en permanence au public avec son autel paradisiaque aux couleurs éblouissantes, ses quatre modestes rangs de bancs, ses deux uniques statues. Rien à voler, mais tout à prendre en mode ressourcement dans cette surprenante chapelle du XVIIe siècle, jamais désacralisée, nichée au cœur de Villeplane, un des hameaux de Guillaumes, isolé aux confins des gorges de Daluis (1). Le bout du monde. Qui pourtant, par son nouveau lien entre art, nature et spiritualité, attire du monde, rebooste l’attractivité touristique du coin, depuis un an. En fait, depuis que l’artiste niçois Jean-Antoine Hierro a réalisé ce sacré chef-d’œuvre en plein Colorado niçois. Un petit bijou spirituel évoquant la métaphore de la fleur représentant l’épanouissement de l’âme.
Avant d’en arriver à cette beauté mi-terrestre, mi-céleste, vibrant de sens et d’essence, inaugurée en octobre dernier, il y a eu toute une quête initiatique, tout un voyage intérieur, dont les protagonistes sont ressortis encore plus riches, car portés par une force à partager avec le plus grand nombre.
Il peint pendant 62 jours en immersion
Jean-Paul David, le maire de Guillaumes, raconte: « Une fois par an, en octobre, on célèbre le culte de saint Sauveur dans cet édifice qui était dégradé. Je souhaitais faire un clin d’œil, trouver l’opportunité d’une rencontre entre une expression artistique et une autre, cultuelle autant que culturelle. » Sur les conseils de Robert Roux, adjoint niçois à la culture, militant pour la réhabilitation des chapelles abandonnées du haut pays niçois, l’élu rencontre Jean-Antoine Hierro, 64 ans, esprit libre, créateur-aventurier, basé à Nice, mais voyageant dans le monde entier, être pluridisciplinaire (peintre, designer de mobilier de luxe, architecte, scénographe de grandes productions d’opéras…), très productif et au final, inclassable. Entre le maire et l’artiste pluriel, ça matche.
Le projet s’incarne. Région et Département financent les travaux préalables de remise en état des lieux. Hierro, lui, offre sa création au Créateur et à ses ouailles. Durant 62 jours, il peint en immersion dans la chapelle. La métamorphosant en joyau fleuri aux allégories multiples et merveilleuses. Un miracle s’est produit…
L’artiste a eu carte blanche. Et seulement une exigence: « Que la chapelle soit d’abord réenduite pour avoir un fond blanc. La plus belle énergie artistique doit servir à créer et non pas à nettoyer. »
Partant de là, une fois le bâtiment rafraîchi et blanchi, Hierro a posé ses échafaudages à 8mètres du sol. « Je me suis assis ne sachant pas ce que j’allais peindre. J’ai attendu. Au bout de la première journée, j’ai eu la vision de toute la chapelle. Une sorte d’illumination, précédant 62 jours d’angoisse, car il n’y a eu aucun crayonné avant. » Du sur-mesure sans filet.
« Un vitrail de 7m en trompe-l’œil »
À l’aide de peintures acryliques, « les plus résistantes au temps », l’artiste a fait s’épanouir des âmes du calice de fleurs. Hybrides un rien gothiques entre des orchidées et des narcisses. Supports bleus, roses, violets, jaunes… à une rédemption plus ou moins facile selon l’ouverture des pétales: « Certaines âmes sont en train d’éclore, d’autres ont plus de mal à quitter leur forme terrestre pour rejoindre leur forme pure. Les coulures retournant vers la terre symbolisent les pleurs de la Madone et des saints. L’éternel recommencement… »
Le cœur de la chapelle? « Un vitrail de 7m en trompe-l’œil. C’est un jardin d’Eden, derrière lequel, on pourrait imaginer toutes les merveilles créées par Dieu. Une sorte de porte, de passage… »
En tournant le dos à cette explosion de couleurs et donc au Divin, au-dessus de l’entrée de la chapelle, la tonalité est plus sombre avec du gris et du noir: « Il y a l’enfer, donnant sur l’obscurité. Le verso de l’Eden… »
Durant cette quête artistique, des enfants du hameau ont rejoint Hierro. Juste une matinée. « Je leur ai fait peindre des brins d’herbe qui poussent près du serpent. » Quelques habitants de Villeplane en ont fait autant. L’accueil de la population fut exceptionnel: « Des gens merveilleux qui m’apportaient à manger, qui m’ont parfaitement intégré. » Hierro a adoré ce partage pour lequel, il n’a pas demandé un sou: « Un travail pareil sur 62 jours n’est pas à la portée d’une petite commune. Je me suis enrichi tellement autrement. Réaliser un aussi beau projet est un privilège et puis, il n’y a pas beaucoup de chapelles en France qui portent le nom d’un artiste. Enfin, j’ai également accepté ce projet, car l’Église a toujours mis les moyens pour restaurer ses édifices urbains et rien pour ceux des endroits reculés, oubliés. Or, c’était là qu’il y avait le plus besoin d’église. Alors j’ai pensé que c’était bien d’offrir aux gens de Villeplane et des alentours, un travail digne d’une grande ville… »
Pourquoi Jean-Antoine Hierro a-t-il accepté de repenser une chapelle a priori improbable? Il revient sur cette odyssée hors du commun.
« La première fois, lorsque je suis allé à la chapelle de Villeplane, cela m’a paru interminable. Je suis arrivé au bout de nulle part. C’était en hiver. Il y avait de la poussière partout. Tout était dans un état lamentable. En revanche, cela a déclenché quelque chose en moi. Vous dire quoi exactement, je ne sais pas. Je me suis senti sur un chemin initiatique. Alors, j’ai voulu réaliser ce projet. Je l’ai fait en immersion totale. »
Croyant Hierro? « Oui, quoique peu pratiquant. Je suis […] très attaché à mes racines religieuses. Je mélange beaucoup les références de notre religion et celles de notre culture, je m’intéresse aux religions et à la Bible tout en ayant, en tant qu’artiste, une vision très critique de la religion. »
« Cette immersion fut pour moi une véritable expérience mystique, plonge-t-il. Une introspection. Une réflexion. Peindre une église n’est pas anodin. C’est une communion et j’ai éprouvé une sensation, dont je me suis difficilement remis. Lorsqu’on peint une chapelle, ça vous nourrit intellectuellement, spirituellement et même au niveau de l’ego. On est au plus haut de ce que l’on peut faire. Quel autre projet peut ensuite vous stimuler autant? »
source : NICE-MATIN